Quel serait l’avenir de la logistique dans le métavers ?

Publié le 5 mai 2022

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Le métavers – contraction de meta (« au-delà » en grec ancien) et d’univers – fait vibrer les grands acteurs du numérique. Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, considère le métavers comme le futur d’Internet. Sa conviction est telle qu’il en a fait le point focal et la nouvelle identité de son groupe. Fin 2021, Facebook a ainsi changé de nom pour devenir Meta. Mark Zuckerberg est loin d’être le seul à s’intéresser au métavers, dont les perspectives commerciales sont immenses. Le métavers pourrait peser 1 500 milliards de dollars à l’horizon 2030⁠ selon PwC ! Mais au fait, qu’est exactement le métavers ? Et qu’est-ce qu’il va changer concrètement pour l’univers de la logistique ? Partez à la découverte de ce game changer aux côtés de Nicolas Picquerey, directeur de la division Conseil de Generix Group.

On entend beaucoup parler du métavers ces derniers temps. De quoi s’agit-il ?

« C’est un monde virtuel en 3D dans lequel chacun pourra vivre des expériences en temps réel – travailler, interagir, commercer, jouer… – au travers d’un avatar. On confond parfois métavers et réalité virtuelle (VR), mais le métavers est bien plus vaste. » explique Nicolas Picquerey.

En écho à la définition de Nicolas Picquerey, Matthew Ball, référent en la matière, fait cette comparaison : « la VR est une façon d’évoluer dans le métavers. Dire que la VR c’est le métavers, c’est comme dire que l’internet mobile est une application ».

 

En quoi le métavers va-t-il impacter le monde de la logistique ?

« Le métavers ouvre un nouveau canal d’échanges entre les marques et les clients, rendant possibles des interactions sur des produits virtuels, issus du monde réel ou avant qu’ils ne se matérialisent


Grâce à lui, on pourra par exemple essayer du mobilier dans une copie virtuelle de notre domicile. Après un scan de nos salons, il sera possible d’y faire défiler différents modèles de tel canapé ou de telle table basse qui nous plaisent. On pourra également créer des avatars qui sont le reflet de notre être physique à l’instant (t) et lui faire essayer des vêtements sur des sites marchands virtuels pour en vérifier la coupe, la couleur et la taille et s’assurer de notre look avant de l’acheter. 


On pourra faire bien d’autres choses encore, car dans un univers virtuel, le champ des possibles est accru. Les marques seront en mesure de proposer un éventail bien plus large de produits, de proposer des services de customisation. Elles pourront avec une grande facilité tester de nouveaux produits, mais aussi vérifier l’intérêt des clients sans payer tous les frais de développement et de mise en production… Concrètement, les clients seront séduits dans le « verse », achèteront en Bitcoin et recevront des produits « parfaits » sur le lieu de leur choix. Cette démultiplication de l’offre pour répondre à leurs besoins va nécessairement faire évoluer la logistique vers un nouveau modèle, reposant sur des points de stockage centralisés, très concentrés, capables de produire ou finaliser une customisation et de desservir une zone importante (Europe, Amérique…) très rapidement. La bipolarité qui s’équilibre actuellement entre le commerce « street » et « web » verra ses codes à nouveau bouger par un canal de relation client supplémentaire. Ceci accentuera encore les préparations et livraisons commandes unitaires. »
 

Une supply chain purement virtuelle est-elle envisageable ?

« Tout à fait ! Mais tout comme dans le monde réel, il faudra bien gérer les flux entre la consommation virtuelle et la production virtuelle. Prenons l’exemple d’une entreprise qui produit des sneakers virtuelles personnalisées : pour ajuster les chaussures à la demande du client, une intervention humaine reste aujourd’hui nécessaire⁠. Cela signifie qu’il peut y avoir une congestion de production, une personne ne pouvant customiser qu’un nombre fini de baskets par jour. Avec de l’intelligence sur les systèmes, on pourrait prédire les tendances, faire de la prévision d’intention d’achat ou des pré-ventes événementielles, et permettre au fabricant de se préparer. Par exemple, en produisant par anticipation des produits semi-finis à 80 % il pourra être très réactif à l’arrivée de la demande concrète. La finalisation des produits pourra d’ailleurs s’effectuer par des équipements à commande numérique automatisés, incluant jusqu’à un conditionnement personnalisé. »

 

Le sujet de la sécurisation s’applique-t-il également aux objets virtuels achetés ?

« Bien sûr. Aujourd’hui, les œuvres d’art virtuelles sont déjà sécurisées. Demain, quand le marché des produits virtuels personnalisés se sera démocratisé, il sera tout aussi important de les sécuriser. On pourrait par exemple proposer au client un entrepôt virtuel coffre-fort où tous ses produits seraient en sécurité. Pour chausser son avatar de baskets custom, il suffirait que le client formule une demande auprès de l’entrepôt virtuel, qui lui mettrait à disposition le temps souhaité, et le protègerait après utilisation. » 

 

La gestion des entrepôts physiques sera-t-elle également transformée par le métavers ?

« Moins que les magasins, mais le principe de modélisation à l’identique d’un site logistique sur le métavers pourrait avoir bien des avantages : on pourrait par exemple imaginer un monitoring et un travail prédictif de l’activité des entrepôts, mais également de réaliser une partie des opérations à distance, en se connectant au métavers chez soi ou sur son poste de travail informatique aménagé. Un peu à la manière de ce que font aujourd’hui les chirurgiens qui opèrent à distance : ils chaussent des gants qui leur permettent de contrôler un robot à l’autre bout du monde. Imaginez le travail d’un cariste dans un entrepôt de surgelés, mais… depuis une pièce à température ambiante ! »

 

Voyez-vous d’autres avantages potentiels ?

« J’en vois au moins deux. Le premier, c’est de pousser toujours plus loin le concept de « jumeau numérique ». Des caméras miniaturisées placées partout dans l’entrepôt, qui permettent non seulement de cartographier les espaces, mais aussi de suivre les mouvements de marchandises et de personnel ou les gestes réalisés… Ce jumeau numérique, couplé à de l’IA, permet de trouver des pistes d’amélioration, d’optimiser le fonctionnement de l’entrepôt, mais aussi de challenger l’existant. »
 

Et l’autre atout ?

« Cette modélisation ultra-fidèle de l’entrepôt pourrait également être intéressante pour la formation. On pourrait par exemple faire une pré-visite virtuelle du site logistique, pour intégrer de nouveaux collaborateurs plus rapidement ou montrer les points sensibles par des actions virtuelles et donc sans danger. Il deviendrait par ailleurs possible de former à distance sur les métiers de gestion d’entrepôt (caristes, préparateurs de commande…). C’est prometteur, car il est aujourd’hui à la fois coûteux et chronophage de former des opérateurs, d’autant plus que la forte saisonnalité de l’activité nécessite périodiquement de recourir à des intérimaires. Si chaque futur opérateur peut se former à domicile, le gestionnaire d’entrepôt aura alors l'assurance de voir arriver du personnel compétent et productif dès les premiers jours. »

 Sources : business.ladn.eu