[En bref] le paradoxe des entreprises à moyenne capitalisation dans l’économie française

Publié le 9 août 2017

Jean-Charles-Deconninck-CEO-Generix-Group-BFMBusiness
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DECONNINCK
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La France se prépare au premier tour des élections présidentielles, les candidats ont donc commencé à présenter leur programme économique. Malheureusement, il semble que les entreprises à moyenne capitalisation (mid-cap) ne reçoivent pas beaucoup de considération : au contraire, ce sont les startups, les grandes et les petites entreprises qui accaparent toute l’attention.
Il n’est dans l’intérêt de personne de monter différents acteurs économiques les uns contre les autres, car ils ont tous un rôle notable à jouer dans la dynamique de l’économie française, mais j’estime qu’il est légitime de se demander pourquoi les entreprises à moyenne capitalisation n’éveillent qu’un si faible intérêt. Les entreprises qui entrent dans cette catégorie emploient trois millions de personnes, représentent 39 % du PIB national et assurent 34 % des exportations, ce n’est donc pas une partie de l’économie qui mérite d’être ignorée ! Fait curieux, les entreprises à moyenne capitalisation bénéficient d’un traitement différent à l’étranger.

Le cas du Mittelstand

L’Allemagne est consciente du lien qui existe entre la structure des entreprises et la compétitivité de l’économie nationale, ce qui explique que les entreprises à moyenne capitalisation occupent une place centrale dans la politique économique du pays. Le groupement de ces entreprises est connu sous le nom générique de « Mittelstand ». Elles pèsent ensemble 45 % du PIB allemand, assurent 70 % de l’emploi, et profitent également de politiques fiscales souples. Les entreprises à moyenne capitalisation, qui sont des entités familiales pour la plupart, répondent également à une législation spécifique en matière de succession. Est-ce la raison pour laquelle les entreprises à moyenne capitalisation sont très nombreuses (12 000) en Allemagne ? Ou est-ce le contraire ? C’est difficile à dire mais il ne fait aucun doute que la croissance des entreprises à moyenne capitalisation allemandes est encouragée par l’environnement fiscal dans lequel elles évoluent. 

Instabilité fiscale : une norme française qui affaiblit les entreprises à moyenne capitalisation

La France a commencé à faire évoluer ses politiques afin que celles-ci soutiennent davantage les entreprises à moyenne capitalisation, probablement en réponse au succès de l’exemple allemand. Récemment, la Banque Publique d’Investissement a créé le Fonds ETI 2020 en vue d’accélérer le développement de cette catégorie d’entreprise en France. Bien que l’initiative soit louable, je ne peux pas m’empêcher de constater le paradoxe que cela représente, et ça me laisse perplexe ! D’un côté, nous bénéficions du soutien financier nécessaire à notre développement mais de l’autre, on observe une instabilité fiscale chronique qui nous fragilise depuis une dizaine d’années. Pour faire court, la législation fiscale opposable aux entreprises a subi 40 modifications entre 2003 et 2008 et la France a vu défiler quatre régimes fiscaux différents depuis 2012 ! Comment les entreprises à moyenne capitalisation et les PME sont censées prospérer dans ce type d’environnement ? 

Je ne conseillerais pas d’appliquer à la lettre l’exemple Mittelstand dans notre contexte, étant donné qu’il repose sur un environnement économique différent qui a ses propres limites, en particulier lorsqu’il est question de mondialisation et de partage de l’information. Alors que faire ? 

Les entreprises de taille moyenne doivent se construire leur propre espace

Avant toute chose, il ne faut pas nous apitoyer sur notre sort. Nous ne devons pas perdre de vue nos forces. Actuellement, 5 000 d’entre nous se trouvent dans une position stratégique, démontrent une grande agilité et comptent des groupes de gestion innovants. De ce fait, si l’environnement fiscal ne nous offre aucun avantage concurrentiel, alors c’est à nous de dynamiser notre propre croissance en approfondissant notre réflexion stratégique sur des thèmes essentiels. 

Prenons l’exemple de la digitalisation. Nous sommes actuellement en concurrence avec des entreprises britanniques, américaines et allemandes qui démontrent plus d’agilité que nous, et pour pouvoir les contrer dans ce domaine, nous devons être bien plus nombreux à passer au digital. Nous sommes agiles et flexibles par nature, alors sautons sur cette occasion que nous offre l’innovation ! 

Si nous prenons les choses en main, nous n’aurons plus à dépendre des organismes publics. Et dès lors que nous serons plus forts, nous aurons le pouvoir d’en exiger plus de leur part. S’il existe un lien entre la taille structurelle des entreprises et la compétitivité de l’économie nationale, alors les entreprises à moyenne capitalisation pâtissent actuellement d’une situation de déséquilibre. Nous pouvons minimiser cet écart en nous fixant des objectifs ambitieux, en démontrant une volonté inébranlable et en déployant des efforts durables. La combinaison de toutes ces actions contribuera à inspirer les PME. Il s’agit clairement d’une question de patriotisme économique !